Nous
voulons une loi anti sexiste distincte.
Le projet
de loi relatif à " la lutte contre les propos discriminatoires
à caractère sexiste ou homophone " que présente
le gouvernement peut donner satisfaction à ce qu'il est convenu
d'appeler la " communauté homosexuelle " et doit par
conséquent aboutir pour ce qui est de ses exigences spécifiques.
Cependant,
il ne répond pas aux exigences des associations féminines
et féministes qui réclament depuis plus de 20 ans une
loi anti sexiste calquée sur la loi anti raciste.
Entendons-
nous sur les mots. Le sexisme est bien " une attitude de discrimination
fondée sur le sexe " et la discrimination " le fait
de séparer un groupe social des autres en le traitant plus mal.
"
Rappelons
que les femmes représentent la moitié de l'humanité
et sont confrontées depuis la nuit des temps - tout comme une
personne de couleur - à certains agissements spécifiques
: provocations, injures, agressions, incitations à la violence
et à la haine, à raison de leur sexe.
Enfin
je souhaite rappeler aussi qu'en Chine certains parents peuvent encore
noyer leur bébés filles. Plus récemment on signalait
des destructions d'embryons féminins au seul motif de leur sexe.
Dans nos pays, la préférence pour un premier enfant va
toujours au garçon. A la différence de la discrimination
homophobe, la discrimination sexiste commence à la naissance...
Dès sa venue au monde la petite fille est dotée d'un statut
social inégal qu'elle va porter toute sa vie. Inégalités
de chances à l'école, inégalités dans le
choix du métier, dans le travail, inégalités de
salaires, absence de liberté au moment du choix des naissances,
refus ouverts ou masqués devant les postes à responsabilités,
barrage devant les lieux de pouvoirs. Il a fallu des lois pour briser
ce statut codifié par Napoléon. Comme l'a prouvé
l'application de la loi sur la Parité, les résistances
sont encore fortes...
Il faut
parler de la violence sexiste. Il faut la regarder en face et s'attaquer
pour de bon à ses racines. Cessons de prétendre qu'elle
n'existe pas, ou que l'on est incapable de la qualifier. La diluer dans
un texte plus vaste reviendrait à la nier une fois de plus...
Le crime
sexiste, c'est le viol, les viols collectifs ( véritables ratonnades),
les " tournantes " (et il faut ici avoir une pensée
pour Samira Bellil qui vient de nous quitter morte d'épuisement
et de souffrance victime de la barbarie sexiste). Le crime sexiste c'est
aussi le meurtre du compagnon sur sa compagne, du père sur sa
fille qui a failli, du frère sur sa sour qui a fauté et
a entaché l'honneur familial , de la femme tuée "
par amour ", de la prostituée tuée par droit de propriété.
Le plus
souvent ces faits sont banalisés, classés dans les faits
divers. Les crimes racistes ou antisémites peuvent aussi être
banalisés mais un sursaut collectif d'horreur se manifeste le
plus souvent à l'annonce d'un drame, ou d'une insulte publique.
Mais la loi contre le racisme est là, qui dans un état
de droit protége le plus faible ou le minoritaire, contre les
agressions du plus fort.
Le même
sursaut collectif d'horreur est moins fréquent lorsqu'il s'agit
de crimes et de violences sexistes. Et nous n'avons pas de loi. C'est
pour cette raison que Simone de Beauvoir en appelait à la conscience
humaine à propos d'un sordide fait divers passé inaperçu
en 1979. La cour d'assises des Yvelines venait d'acquitter un homme
qui avait frappé à mort sa femme, la laissant agoniser
sans lui porter secours. Elle disait à ce propos (Le Monde du
19 Mars 79) " Nous voudrions agir sur ces mentalités masculines
rendues agressives contre les femmes par tout l'environnement culturel.
Une loi anti sexiste nous permettrait de dénoncer devant l'opinion
publique chaque cas de discrimination sexiste ".
C'était
il y a plus de 20 ans. Dès mon arrivée au gouvernement
en 1981, j'ai préparé une loi anti sexiste calquée
sur la loi anti raciste. Acceptée en Conseil des Ministre, elle
ne fut jamais inscrite à l'ordre du jour du Parlement. Le monde
de la publicité y étant trop hostile. Les mentalités
n'étant peut être pas prêtes.
Dans notre
pays, chaque mois, quatre femmes meurent sous les coups de leur compagnon.
Le sexisme n'a que trop longtemps été noyé dans
la dérision ou pire encore nié par l'affirmation d' une
prétendue " nature " des femmes, encline à rechercher
la souffrance... Elles aimeraient être battues, pousseraient leurs
compagnons à les frapper par goût, par plaisir ou par amour.
Le crime passionnel n'a que trop longtemps bénéficié
de l'indulgence collective. Au nom de quel principe aimer donnerait
le droit de tuer ?
La racine
de ces violences se trouve enfouie dans notre culture que l'on peut
qualifier de sexiste : comportements, mours, attitudes, langage, littérature,
iconographie, fondée sur un enseignement à la soumission
du coté des femmes, à la domination du coté des
hommes.
La loi
anti sexiste que nous voulons doit prévoir que les associations
se proposant de lutter contre le sexisme puissent exercer les droits
reconnus à la partie civile dans le cas d'infractions, tout comme
les associations de lutte contre le racisme qui ont cette possibilité
depuis la loi du ler juillet 1972.
La loi
anti sexiste que nous voulons doit également prévoir une
série de mesures d'accompagnement : suivi des images que véhiculent
les livres scolaires, enseignement dès la petite enfance au respect
à la dignité, à l'intégrité de la
personne quelle que soit sa race, sa couleur ou son sexe, actions auprès
des agences de publicités. Les associations féminines
et féministes qui travaillent depuis longtemps sur le sujet ne
refuseront pas leur aide.
Observons
ce qui se passe de l'autre coté des Pyrénées ou
un chef d'état, premier Ministre, s'attaque résolument
aux racines mêmes de cette vielle culture machiste qui conditionne
les comportements violents et entretient les inégalités.
Il y voit le défi majeur du 21° siècle.