| Les
rapports officiels sur la parité |
|
www.observatoire-parite.gouv.fr/travaux/list_rapports.htm
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| La
parité est un combat |
Yvette
Roudy, 22 janvier 2006
Proposé
par le Conseil de l'Europe dès 1989, le concept de Parité
est apparu dans les années 90 et s'est imposé au
monde politique, grâce au combat inlassable des féministes
européennes. Colloques, livres, études, articles,
pétitions, appels, manifestes ont rappelé à
chaque élection le grave déficit démocratique
que représente l'absence de cette moitié de l'humanité
que sont les femmes dans les lieux de décisions.
En 1996, Dix femmes anciennes ministres (1)
- 5 de Droite et 5 de Gauche - interpellaient les responsables
politiques français et avançaient 7
propositions susceptibles de réduire l'écart
qui sépare l'un et l'autre sexe dans la sphère politique
(2).
Il faut souligner que la France - pays des droits de l'Homme -
affiche encore à ce jour 12,7% de femmes à l'Assemblée
nationale alors que les pays Nordiques et l'Espagne dépassent
largement les 30% (La Suède atteint depuis plusieurs années
le chiffre de 45%).
Les propositions des dix anciennes ministres ont été
en grande partie reprises dans la loi dite de " Parité
" votée à l'initiative de Lionel Jospin en
l'an 2000 - un an après la modification de la Constitution
- et a permis d'ores et déjà de sérieuses
avancées.
Dans les Conseils municipaux, les Conseils régionaux, au
Parlement européen - c'est-à-dire partout où
le mode de scrutin le permet - on retrouve plus de 47% de représentation
féminine. Le Sénat lui-même affiche près
de 17% de femmes depuis le changement du mode de scrutin qui devient
proportionnel partout où les départements élisent
plus de 3 sénateurs.
Reste le cas de l'Assemblée nationale où la loi
impose aux partis de présenter autant de femmes que d'hommes,
faute de quoi ceux-ci se voient frappés de sanctions financières.
Cette menace n'a pas empêché les partis de gouvernement
de préférer perdre de l'argent plutôt que
de présenter 50% de femmes aux dernières législatives
de 2002. C'est ainsi que le PS perd plus de 1,5 millions d'euros
par an pendant 5 ans et la Droite le double.
Considérant
cette situation insupportable, le premier secrétaire du
PS s'est engagé, au Congrès du Mans et au Conseil
national suivant, à présenter aux élections
de 2007, 50 % de femmes candidates dans toutes les catégories
de circonscriptions, "en veillant à respecter un équilibre
qualitatif des circonscriptions réservées"
(des meilleures aux plus mauvaises). D'autre part, il s'est également
engagé à doubler le taux actuel (17%) de présence
féminine dans le Groupe socialiste.
Les circonscriptions réservées devront être
validées par le Bureau national du 21 mars 2006, à
la suite d'un travail constant "d'aller et retour" entre
la commission électorale et les fédérations.
Invitée à participer aux travaux de cette commission,
j'ai l'intention de proposer, pour commencer, que soient réservées
à des candidates la moitié des circonscriptions
que nous avons perdues en 2002, soit 58. Si nous ajoutons à
ce chiffre les 22 députées sortantes, nous nous
approcherions de la représentation des députées
socialistes espagnoles. À condition que les Français
soient assez confiants pour nous rappeler au gouvernement.
Cette méthode dite "graduelle" devrait nous permettre
de retrouver aux élections suivantes le peloton des nordiques.
À condition de persévérer dans l'effort de
démocratisation de notre représentation.
La récente élection chilienne va-t-elle créer
l'indispensable élan qui a jusqu'ici manqué à
nos Socialistes ?
Nous
le saurons le 21 Mars prochain.
Yvette Roudy (le 22 Janvier 2006)
(1)
Simone Veil, Edith Cresson, Yvette Roudy, Monique Pelletier, Frédérique
Bredin, Michèle Barzach, Catherine Lalumière, Hélène
Gisserot, Véronique Neiertz, Catherine Tasca.
(2)
Pourquoi pas un référendum ? Usage de quotas s'il
le faut, à l'exemple de la Norvège. Une modification
de la Constitution s'il le faut, pour permettre l'adoption d'une
loi, limitation drastique du cumul des mandats, proportionnelle
partielle pour faciliter les législatives, politique volontariste
des partis et associations conjugués, financement des partis
en fonction du respect de la parité, adoption d'une loi
anti-sexiste.

|
| La
parité domestiquée |
Yvette
Roudy, Le Monde, 5 septembre 2004
Quatre
années après la promulgation de la loi dite sur la parité,
force est de constater le décalage entre les intentions affichées
par les responsables politiques, les obligations posées par la
loi et le conservatisme du milieu politique.
Afin de
tordre le cou aux assimilations douteuses entre une exigence, la parité,
et une loi, celle promulguée le 6 juin 2000, "tendant à
favoriser l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats
électoraux et fonctions électives", rappelons que
cette loi ne concerne que la répartition sexuée des candidats
et non celle des élus ou des fonctions électives. De plus,
elle ne s'applique qu'aux élections au scrutin de liste, en excluant
les élections municipales dans les communes de moins de 3 500
habitants, et en sanctionnant financièrement les partis ne présentant
pas 50 % de candidats de chaque sexe aux élections législatives.
Ne boudons
pas notre plaisir. Cette loi représente une avancée. Saluons
en particulier l'élection de 47,5 % de conseillères régionales
et de 47,5 % de conseillères municipales dans les communes de
3 500 habitants et plus. Avancée qui ne se retrouve cependant
pas dans les exécutifs, avec à peine 10,9 % de femmes
maires. Ainsi, quand il n'y a pas contrainte, en particulier pour les
scrutins uninominaux, les partis font toujours honneur aux hommes :
les sortants - par nature méritants -, les dauphins et les éléphants.
Rappelant
aux femmes que la galanterie serait une insulte en politique, les partis,
tels des clubs anglais, résistent aux mutations et reproduisent
désespérément un corporatisme guerrier. Celles
qui, disposées à servir un idéal de transformation
sociale, souhaitent entrer en politique sont rejetées par ces
structures partisanes où la langue est d'un bois tranchant.
Est-ce
si difficile à comprendre ? Il semble que oui, tout au moins
pour ceux qui, arguant de leur jeunesse, mais attendant une succession
longtemps convoitée, se considèrent sacrifiés sur
l'autel de la parité. Ils n'ont pas hésité - inconscients
de l'incongruité de leur démarche - à exprimer
tout haut leur ressentiment. Ils ont été entendus par
leurs aînés. Sénateurs, députés, conseillers
généraux et présidents de structures intercommunales
ont réussi à éviter l'intrusion féminine
redoutée.
Plutôt
que d'entrouvrir la porte à celles qu'ils affirment tant estimer
ailleurs, les sénateurs ont ainsi multiplié les "listes
dissidentes". Il fallait y penser. Les partis ont laissé
faire.
Dans le
cadre des investitures pour les élections législatives
de juin 2002, les dirigeants politiques ont validé cette logique
de contournement, préférant perdre une partie de leur
financement public plutôt que de respecter l'esprit de la loi.
Toute honte bue. Le Parti socialiste perd 1,5 million d'euros par an
pour la durée de la législature et l'UMP - cela doit-il
nous rassurer ? - perd à peu près 4 millions d'euros par
an.
Rien d'étonnant
donc à ce qu'avec 12,3 % de femmes à l'Assemblée
nationale et 10,9 % au Sénat, la France reste dans ce domaine
la lanterne rouge de l'Europe avec l'Italie et la Grèce. Alors
que les pays nordiques, l'Allemagne et l`Espagne ont dépassé
le seuil de 30 % de femmes élues, seuil considéré
comme la condition minimale pour que les femmes exercent une influence
appropriée afin que l'élaboration des politiques reflète
les valeurs sociales, économiques et culturelles de l'ensemble
de la société.
Ce retard
de la démocratie française est de la responsabilité
des partis politiques. Au-delà des discours médiatiquement
corrects sur les vertus des femmes en politique, une femme politique
est toujours perçue comme un homme politique évincé.
Si la parité fait maintenant consensus aussi bien dans les discours
des politiques que dans l'opinion publique, ces bonnes intentions rencontrent
dans la pratique des limites inhérentes à la fois à
la loi et aux usages politiciens.
Quant aux
électeurs - hommes et femmes confondus - ils sont capables d'épouser
leur époque. Ils votent pour le ou la politique sans juger son
sexe. Les hommes politiques français n'ont pas osé voter
contre cette loi. Mais, faute d'avoir pu l'éviter, ils ont réussi
à la contourner, la contrôler, la domestiquer, l'apprivoiser.
Ce rejet d'un principe étranger au dogme est coutumier d'un appareil
bien verrouillé. Je me souviens du débat sans fin autour
de François Mitterrand lorsque nous discutions - avant 1971 -
de l'opportunité d'une fusion des clubs de gauche avec une SFIO
moribonde. Marc Paillet, fin connaisseur du monde politique, nous mettait
régulièrement en garde contre la formidable capacité
de phagocytage de la vieille machine usée mais encore capable
de nous dévorer. Ainsi, la parité qualifiée de
"véritable révolution culturelle" ne sera accomplie
que par une révolution à la fois politique et institutionnelle.
Pour les
élections à venir - sénatoriales, législatives
-, les partis doivent faire de la parité des candidatures une
priorité et non une variable d'ajustement soumise aux équilibres
de courants, aux accords avec les partenaires et à l'ouverture
à la société dite civile. Pour que les potentielles
candidates ne soient plus tributaires du choix du prince, le respect
de la parité doit être pensé comme un engagement
démocratique. Pour que toute femme et tout homme soit un(e) citoyen(ne)
à part entière, une réflexion est à mener
sur les pratiques politiques, surtout lorsqu'elles reposent sur un certain
népotisme républicain. Qui choisit les futures élues
? "La base", assurent les décideurs. "C'est la
démocratie." Certes, sauf que, neuf fois sur dix, l'élue
se révélera la plus docile, la meilleure des auxiliaires,
celle qui dérangera le moins l'ordre établi, la plus proche
du chef. Faut-il ajouter : la plus éloignée du féminisme
- humanisme politiquement incorrect ?
Encore
une fois, la France fait figure d'exception et non d'exemple. Nos voisins
européens ont en effet compris qu'il ne peut y avoir de démocratie
sans les femmes. Dès leur création, la plupart des partis
socio-démocrates européens ont favorisé, à
leur côté, une structure spécifique accueillant
adhérentes et sympathisantes. La plupart sont féministes
et ne sont pas atteintes du syndrome de la reine abeille qui claque
la porte derrière elle. Elles sont consultées, écoutées,
respectées. Elles pèsent sur les décisions, les
désignations, certaines sont devenues des ministres importantes,
voire des premières ministres, telle la Norvégienne Gro
Bruntland.
Le "revirement"
espagnol illustre le poids de la force de la volonté en politique.
Le chef du gouvernement socialiste espagnol, José Luis Rodriguez,
annonce (Le Monde du 29 juillet) qu'"il est plus efficace de faire
des programmes de discriminations positives, par exemple pour avoir
plus de femmes scientifiques, que d'augmenter les impôts ou d'établir
les 35 heures". En lançant une grande loi anti-sexiste -
que l'on nous refuse en France depuis plus de trente ans - Zapatero
s'attaque résolument aux racines mêmes de cette vieille
culture machiste de domination/soumission qui conditionnent les comportements
homme/femme et entretiennent les inégalités. Pour lui,
"la parité a un effet de démocratisation. Là
où elle arrive, la démocratie augmente".
Nos dirigeants
politiques vont-ils entendre ce message ? Vont-ils un jour se libérer
de cette vieille peur des femmes qu'ils partagent avec le Vatican ?
C'est là toute la question...
Yvette
Roudy est ancienne ministre aux droits des femmes, membre du bureau
national du Parti socialiste.
Floirac
2002, intervention de Yvette Roudy, 27/28 août 2002
Si la loi
sur la Parité a bien fonctionné au moment des municipales
de 2001, favorisant l'émergence de nombreuses femmes dans les
conseils municipaux (de 22% on les a vues passer à 47,5%), il
en fut tout autrement au moment des législatives de juin 2002.
Alors que la loi prévoit une sanction financière pour
les Partis ne présentant pas 50% de femmes aux législatives,
les dirigeants des principaux partis, bafouant sans état d'âme
un texte qu'ils avaient voté, ont préféré
subir la sanction plutôt que de voir siéger à leurs
côtés des femmes qui pouvaient enrichir leurs travaux de
leurs expériences, de leurs compétences, de leur culture,
de leurs différences. En un mot capables d'apporter un autre
regard sur la politique, et un certain changement dont nous avons tant
besoin. [...]
Télécharger
le texte intégral
Voir
aussi :
Motion
n°1 - La Parité : Une véritable démocratie
(Université d'été 2002)
| Une
veille parlementaire sur les droits des femmes |
Dîner-débat
au Cercle Républicain, mars 2000
L'Assemblée
des Femmes a organisé le mardi 14 mars 2000 un dîner-débat
au Cercle Républicain, avec la participation de Martine Lignières-Cassou,
députée PS des Pyrénées Atlantiques, première
adjointe au maire de pau, membre de l'Assemblée des Femmes et
Dinah Derycke, sénatrice PS du Nord, présidente
du Collectif Régional pour l'Information et la Formation des
Femmes (CORIF) qui ont présenté les délégations
parlementaires aux droits des femmes et à l'égalité
des chances entre les hommes et les femmes, créées
à l'Assemblée nationale, dans le cadre de la loi du 15
juillet 1999.
Consécration
institutionnelle de l'un des objectifs de l'Assemblée des Femmes,
ces délégations ont constitué le thème de
notre journée du 8 mars 2000.
Le 19 juillet
1999 est votée la création de délégations
parlementaires aux droits des femmes et à l'égalité
des chances entre les hommes et les femmes, au Sénat et à
l'Assemblée Nationale. Les sénateurs (oui !) et les
députés se font à l'idée que les discriminations
envers les femmes sont encore nombreuses et qu'il faut que le Parlement
se dote d'un outil d'information objectif, à l'exemple d'autres
pays européens avec lesquels, sur ce point parmi d'autres, nous
sommes encore en retard. Initiée par Laurent Fabius, cette proposition
de loi visait à créer une "délégation
parlementaire aux droits des femmes et à l'égalité
des chances", en vue d'une meilleure prise en compte des droits
des femmes dans le processus de l'élaboration de la loi.
Ainsi,
en Novembre 1999, Martine Lignières-Cassou, députée
PS des Pyrénées-Atlantiques, est élue présidente
à l'Assemblée Nationale et Dinah Derycke, sénatrice
PS du Nord, présidente au Sénat.
S'agissant
de la composition des délégations, elle est de 36 membres :
représentation proportionnelle des groupes parlementaires, représentation
équilibrée des hommes et des femmes (au Sénat,
équilibre difficilement réalisable, compte tenu des 6%
de sénatrices...)
Martine
Lignières-Cassou et Dinah Derycke ont présenté
chacune leur délégation au cours d'un débat organisé
par l'Assemblée des Femmes :
Pour la
première, la délégation à l'Assemblée
Nationale, a pour objectif 3 missions :
-
L'examen
en amont des textes législatifs, y porter un regard spécifique.
-
La possibilité
d'élaborer un rapport annuel d'activité : pour
cette année, sur la santé des femmes.
-
Informer
l'Assemblée sur la politique en faveur des femmes.
Premiers
textes à l'étude en 1999 : la parité en politique
et l'égalité professionnelle. Un regard sur le volontariat
civil, le sport, les prestations compensatoires, le statut des conjoints
artisans. Pour 2000 et 2001 : la révision de la loi sur
la bioéthique, la famille, les retraites.
Pour Dinah
Derycke, au Sénat, l'ambiance est différente ! Au
départ les sénateurs ne voulaient pas de cette délégation.
Après le blocage sur le PACS et la parité, ils ont fini
par céder de peur de passer une fois de plus pour ringards. Les
femmes étant largement minoritaires au Sénat, difficile
de rendre la délégation paritaire. François Poncelet
veut soigner l'image écornée du Sénat, et en facilite
la création : la délégation pourra être
saisie et travaillera pour l'instant sur l'égalité professionnelle,
le trafic des femmes, le statut des conjoints d'artisans, les droits
de la famille, l'accouchement sous X.
Le Conseil
Economique et Social s'est aussi récemment doté du même
outil, créé à l'image de celui du Sénat.
Mais à la différente de la haute assemblée, 15
femmes pour 3 hommes composent cette délégation. Elle
effectue un travail de veille sur les travaux du CES. Sur l'égalité
professionnelle, le nouveau texte ne lui paraît pas suffisant :
l'état va-t-il donner l'exemple ? Quant à l'orientation
scolaire des filles vers des métiers porteurs d'emploi, il y
a encore du chemin à faire... Le Premier Ministre vient de saisir
le CES sur la place des femmes dans les instances de pouvoir.
La philosophie
de ces délégations est d'instiller un peu de "droits
des femmes" dans les textes, et de pouvoir rendre plus visible
leur situation. Un impératif : des données chiffrées
précises. Ces délégations devront rester vigilantes,
enrichir les textes législatifs pour faire évoluer les
pratiques, afin que femmes et hommes partagent équitablement
les responsabilités et les fonctions dans une société
plus juste, plus moderne et, par conséquent, plus démocratique.

| L'Assemblée
vote le projet de loi sur la parité |
Dépêche
AFP, 26 janvier 2000
L'Assemblée
nationale a adopté, dans la nuit du mardi 25 au mercredi 26 janvier
2000, le projet de loi gouvernemental sur la parité, visant à
accorder un égal accès des hommes et des femmes aux fonctions
politiques.
Tous les
groupes politiques ont voté pour, mais Christine Boutin (app.
UDF) a voté contre.
Dans la
foulée, l'Assemblée devait adopter un second projet de
loi étendant le dispositif aux élections des assemblées
de province et du congrès de la Nouvelle-Calédonie, de
l'assemblée de la Polynésie française et de l'assemblée
territoriale de Wallis-et-Futuna.
Les députés
ont renforcé le dispositif gouvernemental, dans le but que l'objectif
de parité en termes de candidatures puisse tendre à la
parité en termes d'élus.
Ils l'ont
également étendu aux communes de plus de 2.000 habitants,
alors que seules celles de plus de 3.500 habitants étaient concernées
par le projet de loi gouvernemental.
Désormais,
les listes pour les élections municipales et régionales
devront comporter autant d'hommes que de femmes, par tranches de six
candidats. Pour les listes aux sénatoriales (pour les sénateurs
élus à la proportionnelle) et aux européennes,
hommes et femmes devront strictement alterner sur les listes.
Pour les
législatives, les partis devront présenter un nombre sensiblement
égal d'hommes et de femmes, avec un écart maximal de 2%,
sous peine de sanction financière.
Ces deux
textes, amendés et votés en première lecture, vont
ensuite être transmis au Sénat.

| Intervention
de Mme Yvette Roudy |
Députée-Maire
de Lisieux, Ancienne Ministre des Droits de la Femme, Présidente
de la Commission sur l'Egalité des chances pour les femmes
et les hommes du Conseil de l'Europe
Projet
de loi tendant à favoriser l'égal accès des femmes
et des hommes
aux mandats électoraux et aux fonctions électives
Séance
de Mardi 25 janvier 2000
1. Après
notre déplacement à Versailles le 28 juin dernier, déplacement
que certains institutionnalistes sourcilleux ont exigé de nous,
voici le premier texte d'application du principe de parité des
femmes en politique, principe qui veut favoriser " l'égal
accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux
et aux fonctions électives ". Avec ce texte nous sortons
du virtuel pour entrer dans le réel.
2. Certains
regrettent encore que l'on soit obligé d'avoir recours à
la loi. Ils continuent de penser que l'on doit s'en remettre au mouvement
naturel des choses. Mais que faire quand il n'y a pas de mouvement du
tout et cela depuis plus de 50 ans ? Devant cette question nos opposants
sont muets... Ils ne savent pas et ne proposent rien. Personne n'aime
avoir recours à la loi pour favoriser une situation qui aurait
dû émerger naturellement graduellement comme dans les autres
pays européens. Etre contraint de faire une loi n'est jamais
tout à fait satisfaisant, c'est compliqué et c'est l'aveu
même que notre démocratie n'a pas été capable
d'épouser naturellement les aspirations de notre société
qui demande avec insistance et depuis plus de 10 ans cette parité...
Alors quand il y a manifestement trop d'écart entre les aspirations
des citoyens clairement exprimées et une situation bloquée,
le devoir du législateur est de répondre à la demande
qui monte du pays.
3. Considérant
l'énorme, le scandaleux retard des Français en ce domaine
(nous sommes les avant-derniers de la classe européenne, avec
à peine 11 % de femmes ici représentées, ce qui
nous place juste avant la Grèce - autre berceau de démocratie),
on aurait pu penser que dans un geste fort et audacieux, nous allions
proposer de passer d'un coup à une représentation également
partagée entre les deux sexes (ou genres) pour tous scrutins
à la proportionnelle au moins.
4. Et pour
les autres scrutins (législatives, cantonales, sénatoriales)
puisqu'un engagement du Premier Ministre nous interdit moralement toute
modifications de scrutin, nous aurions pu imaginer, dès lors
que le choix des candidats et candidates relève de la seule volonté
des partis politiques, non seulement de sanctionner sévèrement
ceux-là, en calculant la subvention accordée par l'Etat
au prorata des hommes et femmes élus, la part masculine de l'aide
apportée ne pouvant dépasser 50 %, mais de reprendre la
proposition Chevènement de 1994 : la parité sur les départements.
5. On aurait
pu imaginer de gagner du temps, de rattraper les autres pays : l'Allemagne,
la Grande-Bretagne, l'Espagne, l'Italie, la Belgique et tous les autres
et aussi imaginer un système pour les cantonales.
6. Contrairement
à ce qui a pu être dit, les femmes capables existent. Elles
sont là tout près, dans les partis, dans les associations.
Il suffit de regarder autour de soi et de les encourager car on leur
a si bien dit qu'elles n'étaient pas faites pour la politique
qu'elles ont fini par le croire (surtout quand elles voient comment
on fait la politique et dans ce domaine, je ne vois pas quelle menace
elles pourraient représenter, elles pourraient peut-être
même apporter quelques améliorations). Elles n'ont pas
démérité et on peut dire aussi qu'elles mériteraient
bien d'être plus nombreuses dans cette assemblée.. On peut
en trouver et elles ne font pas perdre.
7. On aurait
pu imaginer... mais ce n'est pas ce qui proposé, même si
le Premier Ministre a bien dit " pour moi, la parité c'est
50/50 " et même si tout le monde a compris 50/50 d'élus.
Ce n'est pas ce qui est proposé : le texte avance la parité
des candidates pour les municipales et prévoit une sanction pour
les législatives. Nous sommes dans la stratégie des petits
pas. Et nous risquons fort d'être décalés par rapport
à ce que les Français attendent. Allons-nous les décevoir ?
8. Nous
savons bien ici, tous et toutes, comment les choses se passent au moment
de la constitution des listes. Si nous devions laisser ce texte en l'état,
on risquerait fort de retrouver les candidates au bas des listes ce
qui pourrait au mieux nous faire passer des 22 % de femmes élues
aux municipales à à peine plus de 25. Et qu'on ne me dise
pas " ils n'oseront pas ". J'ai des exemples qui montrent
que tout est possible dans ce domaine. Dès lors qu'il s'agit
d'un siège, nous savons ici de quoi on est capable.
9. Alors
il faut amender ce texte et le compléter. Le rendre plus audacieux
pour ce qui est des élections à la proportionnelle. Faut-il
proposer de découper des tranches, tranches de 10, de 6, de 4
? Mais est-ce que la démocratie se découpe en tranches
? Pourquoi ne pas reprendre le texte Chevènement, cru 1994, pour
les législatives et l'étendre aux cantonales ? Nous devons
enrichir notre texte, le préciser. L'opinion le veut. Les femmes
y aspirent. Elles ne font pas perdre. Elles feraient même gagner.
Et nous avons du retard à rattraper sur nos voisins. Dans quelques
jours, la Finlande va peut-être élire une Femme, Présidente
de la République. Elles étaient 4 candidates et elles
sont 35 % à siéger là-bas au Parlement.
10. Tant
qu'à faire la révolution, soyons plus audacieux, faisons-là
pour de bon. Ici et maintenant.

Questions
d'actualité n° 52 - 11 mars 1999, Yvette Roudy
Aujourd'hui
nul n'ignore que la France est la derniàre de la classe européenne
pour la représentation politique des femmes, mais il faut s'interroger
sur les causes de cette honteuse exception française.
Mentionnons
tout d'abord la loi salique, chàre à Clovis, qui excluait
les femmes de toute succession au trône. Ensuite les hommes de la Révolution
interdirent aux femmes l'accàs à la sphàre politique.
Un rapport adopté en novembre 1793 par les conventionnels refusait
aux femmes l'exercice des droits politiques, l'activité gouvernementale
et même le droit d'association. Puis vint le code Napoléon
qui instaura un véritable apartheid réduisant la femme
à un statut semblable à celui des fous et des enfants.
Notre empereur disait élégamment que " la femme
avait été donnée à l'homme comme l'arbre
à fruits au jardinier ... "
Il faut
aussi évoquer la faiblesse et la division du mouvement des femmes
en France, et l'attitude des partis français. Dans les pays scandinaves,
les associations féministes sont puissantes, les femmes ont largement
dépasse 40 % de la représentation politique et les partis
respectent le mouvement des femmes. Nos partis, en revanche, ont si
peur du Léninisme qu'ils écrasent tout embryon d'organisation
des femmes par la dérision.
Un autre
frein est constitué par l'église catholique romaine, qui
se manifeste chaque fois qu'il est question de laisser la femme libre
de choisir le moment de ses naissances. La culture protestante des pays
nordiques, à cet égard, est beaucoup plus libérale
et il y a dans le Nord des femmes pasteurs. J'évoquerai, enfin,
la culture dans laquelle nous baignons. Sait-on quel rôle exact joue
l'exaltation de la virilité érigée en valeur dans
les violences qui frappent les femmes ?
Restent
à définir les grandes lignes de la loi d'application et
le calendrier futurs. Pour ma part, je souhaite que la parité
soit appliquée de façon immédiate à tous les scrutins
à la proportionnelle existants. Pour les autres scrutins, les
partis devront jouer le jeu et seront sanctionnés s'il ne font
pas d'effort de féminisation. Leurs subventions pourraient être
calculées en fonction de leurs élu(e)s et non de leurs
candidat(e)s.
Mais l'arbre
de la parité politique ne doit pas cacher la forêt encore
dense des handicaps en matiàre d'orientation, de formation, de
métier, d'emploi, de salaire sans oublier les charges familiales
mal partagées ou les violences domestiques, tous ces handicaps
qui freinent les femmes dans leur marche vers l'égalité
des chances.

Comptes
rendus téléchargeables au format .rtf
Compte
rendu analytique officiel du 10 mars 1999
Compte rendu analytique officiel du 16 février
1999
Compte rendu du 10 février 1999 (Commission
des lois constitutionnelles)
Compte rendu analytique officiel du 15 décembre
1998
Compte
rendu analytique officiel du 15 décembre 1998 (suite)
| Le
manifeste des dix pour la parité |
Extrait
de L'Express du 6 juin 1996
Michàle Barzach, Frédérique Bredin, Edith
Cresson, Hélàne Gisserot, Catherine Lalumiàre, Véronique
Neiertz, Monique Pelletier, Yvette Roudy, Catherine Tasca, Simone
Veil
[...]
Une pratique renouvelée du pouvoir et de la démocratie
ne sera possible que soutenue par une volonté et une pression
politique sans faille. L'objectif est d'arriver, par étapes,
à la parité. Pour y parvenir, voici les mesures que nous
proposons :
1. Une
politique volontariste des partis, du gouvernement et des associations
féminines conjugués. Les pays nordiques montrent l'efficacité
de cette attitude. Quand il le faut, ils n'hésitent pas à
utiliser les quotas. Sans cet aiguillon, il y aura toujours de bonnes
raisons de ne rien faire. L'adoption d'un scrutin proportionnel, même
partiel pour les législatives, renforcerait cette obligation
de quotas. En tout état de cause, il faudrait atteindre le seuil
significatif du tiers des élus de chaque assemblée concernée.
2. Limitation
drastique du cumul des mandats et des fonctions, pour un meilleur partage
et exercice du pouvoir. Cette limitation permettra de dégager
plusieurs milliers de siàges.
3. Financement
des partis politiques en fonction du respect de la parité de
leurs instances dirigeantes et de leurs élus.
4. Nomination
volontaire à des postes de responsabilité qui dépendent
de l'état et du gouvernement, en se fondant sur le principe de
parité.
5. Adoption
d'une législation sur le sexisme comparable à celle sur
le racisme, permettant aux associations de droits de l'homme et de la
femme ainsi qu'aux individus d'ester en justice civilement ou pénalement.
6. Et
s'il faut modifier la Constitution pour introduire des discriminations
positives, nous y sommes favorables, comme l'est, nous en sommes persuadées,
la majorité de nos concitoyens.
7. Alors,
sur ce sujet, pourquoi pas un référendum ?

| Actes
des États
Généraux des Femmes et de la Politique |
1944-1994
: 50ème anniversaire du droit de vote des Françaises
Lettre du Président de la République à l'Assemblée
des Femmes
Paris,
le 22 avril 1994
Vous avez
décidé de réunir les États Généraux
des femmes et de la politique à quelques jours du cinquantenaire
du droit de vote des Françaises.
Votre
démarche démontre que cette conquête des droits
politiques n'est pas achevée et que les femmes sont prêtes
à relever le défi. Comme l'écrivait Hubertine AUCLERT
" qu'est-ce que l'affranchissement politique de la Femme ?
C'est l'avènement de la femme au droit qui confère le
pouvoir de faire les lois ".
Certes,
nous venons de fêter le cinquantième anniversaire du droit
de vote et, par là-même, le droit à l'éligibilité
des femmes en France. Et beaucoup de femmes, depuis la libération,
ont réussi à franchir les obstacles qui jonchaient leur
chemin jusqu'aux assemblées. Mais leur nombre est aujourd'hui
trop faible, et légitime à lui seul la nécessité
de réfléchir à des initiatives. C'est ce que vous
faites aujourd'hui et qui mérite d'être salué.
Ni vous,
ni moi ne considérons que la parité entre hommes et femmes
dans les institutions politiques constituerait je ne sais quelle panacée,
pas plus que nous n'avons considéré par le passé,
que les " quotas " étaient satisfaisants.
Pourtant, nous savons qu'en la matiàre, le volontarisme est indispensable
pour prendre cette vieille Bastille. Il ne s'agit pas d'espérer
des miracles mais de réparer une injustice, et même une
double injustice : les femmes ne sont-elles pas les moins favorisées
socialement ? Ne sont-elles pas celles qui connaissent le plus les fins
de mois difficiles ? Ne se retrouvent-elles pas les plus nombreuses
au chômage ?
C'est
d'abord à vous qu'il revient d'écrire les pages suivantes
de cette conquête politique mais je vous voulais vous assurer
de mon soutien.
François
Mitterrand
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les actes

| Appel
aux États Généraux des Femmes et de la politique
en France et en Europe pour 1994 |
Libération
du 2 avril 1993
Lors de
la rencontre au Sénat du 7 mars 1993, organisée par L'Assemblée
des Femmes, en collaboration avec d'autres associations, un appel aux
États Généraux des Femmes et de la politique en
France et en Europe a été lancé pour 1994.
200 ans
apràs la révolution française, il est temps que les femmes
accèdent à parité dans les lieux de décision
politique et les assemblées élues, c'est-à-dire
en nombre égal aux hommes.
Aujourd'hui,
le mouvement des femmes se mobilise pour faire valoir ce droit.
En France,
la politique est un monopole masculin. Notre pays occupe l'avant-dernier
rang en Europe Occidentale pour la place des femmes au Parlement. Cette
exclusion est une cause essentielle de la crise des partis politiques
et contribue au rejet de la politique elle-même. Pour que la politique
devienne l'affaire conjointe de celles et ceux qui constituent et gèrent
la cité, nous appelons, dès aujourd'hui, à la préparation
des États Généraux qui se tiendront, début
1994, dans l'esprit de la Charte européenne d'Athènes
: " Femmes au pouvoir ".
Nous demandons
d'ores et déjà aux responsables politiques de droite comme
de gauche d'inscrire la parité dans les textes et dans les faits.
Elle doit
être un principe de notre Constitution relayé par une loi
et des décrets d'application.
Nous appelons
à la création de groupes ou clubs de préparation
aux États Généraux qui rassembleront les témoignages
d'exclusion, de discriminations à l'encontre des femmes et feront
des propositions en vue d'établir des Cahiers de Critiques et
d'Innovations.
Ces cahiers
seront remis solennellement au Parlement, au Premier Ministre et au
Président de la République.

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